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Comprendre le marché boursier
La bourse « ou stock market. » semble parfois lointaine, réservée aux experts. Pourtant, son fonctionnement influence l’économie, l’épargne et le financement des entreprises, y compris au Maroc ou en Afrique. Mais comment démystifier cet univers quand on débute ?
Comme le disait Benjamin Graham, le père de l’analyse financière moderne, « À court terme, le marché est une machine à voter ; à long terme, c’est une machine à peser. » Autrement dit, les humeurs passagères font fluctuer les cours, mais sur la durée, c’est la santé réelle des entreprises qui finit par primer. Alors, comment comprendre ce mécanisme au quotidien ?
Imaginez un grand marché où chaque entreprise est un grand gâteau où l’on n’achète pas des produits, mais des portions de ces gâteaux. Ces portionns, ce sont des actions. En achetant une action, vous devenez propriétaire d’une petite fraction d’une société, vous êtes « actionnaire ». Au Maroc, cela peut concerner des groupes comme Maroc Telecom, Attijariwafa Bank ou encore LafargeHolcim Maroc, cotées à la Bourse de Casablanca.
A l’opposé des actions, il existe un autre concept que l’on appelle : l’obligation. Une obligation constitue en soi un prêt que l’on fait à une entreprise (voire un Etat) sur lequel un remboursement se fait avec un intérêt, un coupon à revenu régulier, faisant de vous « un obligataire », ou le créancier de l’entreprise.
Pour les actions ou pour les obligations, les risques sont intrinsèquement liés aux performances de l’entreprise. Une vigilance et une vue sur le long terme sont des atouts nécessaires pour un investissement avisé.
Les enjeux de la bourse
Le marché boursier sert principalement à deux choses : pour les entreprises, c’est un moyen de se financer en vendant des actions au public. Cela leur permet de lever des fonds pour innover, se développer ou renforcer leurs activités. Au niveau mondial, des géants comme Apple, Tesla ou Samsung sont passés par là. Pour les épargnants, c’est une opportunité de faire fructifier son argent en soutenant des entreprises dont on croit en l’avenir. Certaines versent aussi des dividendes, une part de leurs bénéfices redistribuée aux actionnaires.
Parmi les acteurs en bourse, on retrouve d’un côté les investisseurs particuliers, de plus en plus nombreux grâce aux plateformes en ligne qui ont démocratisé l’accès. De l’autre, les grands investisseurs institutionnels, comme les fonds de pension, les assureurs ou les sociétés de gestion d’actifs — à l’échelle africaine, Public Investment Corporation (PIC) ou CDG Capital Gestion en sont des exemples. Entre eux, des intermédiaires comme les banques ou les courtiers exécutent les transactions. Et pour veiller au respect des règles, des autorités de régulation telles que l’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux (AMMC) supervisant la Bourse de Casablanca ou, en Afrique de l’Ouest, l’Autorité des Marchés Financiers de l’UMOA (AMF-UMOA) qui supervise la BRVM, protègent les investisseurs et garantissent la transparence.
En plus simple, pour investir en bourse en tant que particulier, il vous suffit de posséder par exemple un Compte Titre auprès d’une banque ou d’un courtier qui vous permet via une plateforme (voire une application) mise à disposition par votre intermédiaire afin d’effectuer vos transactions d’achat ou de vente d’actifs.
Les dividendes et la plus-value
Une action peut rapporter de l’argent de deux façons. D’abord grâce aux dividendes, qui sont une part des bénéfices que l’entreprise verse à ses actionnaires, comme un revenu régulier. Ensuite grâce à la prise de valeur (plus-value) : si l’entreprise se développe et que son action augmente de prix, l’investisseur réalise un gain en la revendant plus cher qu’il ne l’a achetée. En résumé, une action peut rapporter un revenu et/ou prendre de la valeur avec le temps.
À titre d’exemple, si vous achetez une action à 35 $ et qu’après un certain temps son prix monte à 50 $, l’action a pris de la valeur. En la revendant à ce moment-là, vous réalisez une plus-value de 15 $, qui correspond à la différence entre le prix d’achat et le prix de vente.
Un mot sur les ETF
Un ETF (Exchange Traded Fund) ou « fonds négocié en bourse » est un panier d’investissements (actions, obligations, etc.) que tu peux acheter en une seule fois en Bourse, comme une action classique, et qui copie automatiquement la performance d’un indice (par exemple le MASI 20, la CAC 40 ou le S&P 500). Imagine que tu veuilles manger des fruits, acheter une action, c’est acheter une seule pomme, acheter un ETF, c’est acheter un panier de fruits déjà préparé (pomme, banane, poire…) sans avoir besoin de choisir chaque fruit un par un : le panier est déjà diversifié.
En outre, un ETF (Fonds négocié en bourse) est un fonds d’investissement coté en Bourse qui a pour objectif de reproduire fidèlement la performance d’un indice boursier. Concrètement, au lieu d’acheter des actions une par une, l’investisseur achète un seul ETF qui contient déjà tout le marché suivi par l’indice. Si l’indice monte, l’ETF monte ; s’il baisse, l’ETF baisse, de façon quasi automatique. L’ETF s’achète et se revend comme une action, en temps réel, sur les marchés financiers, tout en offrant une diversification immédiate et des frais généralement faibles. C’est un outil simple, rationnel et largement utilisé pour investir à long terme sans avoir à sélectionner soi-même chaque entreprise.
Exemples d’indices africains :
- EGX 30 (Égypte) : regroupe les 30 plus grandes entreprises cotées à la Bourse du Caire.
- JSE Top 40 (Afrique du Sud) : rassemble les 40 principales sociétés de la Bourse de Johannesburg.
- NGX 30 (Nigeria) : suit les 30 entreprises les plus liquides de la Bourse nigériane.
- BRVM Composite (Afrique de l’Ouest) : indice régional couvrant plusieurs pays de l’UEMOA (Côte d’Ivoire, Sénégal, Bénin, etc.).
Exemples d’indices marocains
- MASI (Moroccan All Shares Index) : indice principal de la Bourse de Casablanca, représentant l’ensemble des actions cotées.
- MASI 20 : regroupe les 20 entreprises les plus liquides et les plus représentatives du marché marocain.
Pourquoi les cours varient autant ?
Le prix d’une action dépend de l’offre et de la demande : plus il y a d’acheteurs que de vendeurs, plus le cours monte. Cette volatilité est influencée par la santé de l’entreprise, la conjoncture économique, les décicions des banques centrales telle que la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) pour la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) basée à Abidjan, la Bank Al-Maghrib au Maroc pour la Bourse de Casablanca, la Banque centrale européenne ou la Réserve fédérale aux États-Unis ; l’actualité géopolitique, et même l’état d’esprit des marchés.
Une règle essentielle en découle : ne jamais concentrer tous ses placements sur une seule entreprise ou un seul secteur. C’est ici que la célèbre maxime de Warren Buffett prend tout son sens : « Soyez craintif quand les autres sont avides, et avide quand les autres sont craintifs. » En clair, résister à la frénésie collective et garder son sang-froid dans la tourmente peut s’avérer payant sur la durée.
Aujourd’hui, de nouvelles tendances transforment la finance. L’investissement responsable (ESG : Environnement, Social et Gouvernance) prend de l’ampleur : de plus en plus d’épargnants, au Maroc et ailleurs, souhaitent allier rendement et impact positif, en favorisant des entreprises engagées dans l’environnement, le social ou une gouvernance saine. Par ailleurs, la révolution numérique accélère les échanges (trading algorithmique, intelligence artificielle, applications financières) et ouvre la porte à de nouveaux actifs comme les cryptomonnaies, bien que ceux-ci restent très volatils et distincts des marchés traditionnels.
Si vous souhaitez vous lancer, commencez par vous informer via des sources fiables, locales ou internationales. Investissez modestement avec de l’argent que vous pouvez laisser travailler sur le long terme. Diversifiez : plutôt que de parier sur une seule société, des fonds indiciels (ETF : Exchange Traded Fund) permettent d’investir sur un panier d’entreprises, au Maroc ou à l’international. Comme le conseillait Jack Bogle, fondateur de Vanguard : « Ne cherchez pas l’aiguille dans la botte de foin. Achetez la botte de foin. » En d’autres termes, pour un débutant, il est souvent plus sage et moins risqué d’acheter un panier diversifié représentant l’ensemble du marché plutôt que de tenter de deviner quelle action sera gagnante.
Et gardez en tête que la bourse récompense souvent la patience : une vision sur trois, cinq ou dix ans permet de mieux traverser les fluctuations. L’investisseur légendaire Peter Lynch résumait d’ailleurs une bonne approche pour débuter : « Investissez dans ce que vous connaissez. » Observer les entreprises dont les produits ou services font partie de votre quotidien peut être un excellent point de départ pour construire votre réflexion.
En somme, la bourse n’est pas qu’une affaire d’experts. C’est un outil au service de l’économie réelle, qui permet aux entreprises de croître et aux épargnants d’y participer. Que vous soyez en Afrique ou ailleurs, l’approche reste la même : prudence, diversification et perspective de long terme.
« Malgré la pandémie, l’Afrique est un continent d’opportunités avec de forts retours sur investissement. Le moment d’investir en Afrique, c’est maintenant. », Tony Elumelu – entrepreneur et investisseur nigérian